Qu’est-ce que le taichi chuan ?
On lit parfois des publications qui prétendent éclairer ce qu’est ou n’est pas le taichi chuan.
S’il existait une seule définition de ce qu’est cette discipline, cela rendrait bien service aux enseignants/maîtres qui en font la promotion auprès du public.
Les origines multiples du taichi
Or, bien éclairé celui qui sait, car sur les origines mêmes du taichi, il existe de multiples versions, cela va du moine qui aurait observé le combat entre deux bestioles jusqu’aux villageois qui défendent humblement leur village, en passant du valeureux général au disciple qui apprit le taichi entre deux corvées domestiques tel un espion.
Une discipline en constante évolution
En réalité, le taichi, à l’image de bien d’autres arts martiaux, n’est pas un objet figé sur l’échelle du temps mais plutôt un assemblage qui a évolué à travers les âges. Ainsi, on peut affirmer qu’à l’origine, le taichi n’a rien d’une gymnastique du troisième âge puisque la gestuelle martiale a été empruntée à l’art guerrier de la famille Chen, du village de Chenjiagou. Un art qui n’avait alors pas cette dimension « interne » propre au taichi que nous connaissons aujourd’hui.
Notions internes et externes dans le taichi
On oppose la notion externe basée sur la force brute à la notion interne basée sur le développement d’habiletés biomécaniques plus subtiles. Bien sûr, il existe des passerelles entre ces deux notions, puisqu’il serait absurde de renier l’intérêt d’un minimum de tonus musculaire dans n’importe quelle activité physique. C’est pourquoi, les personnes très âgées, peu mobiles, trouveront plus de bonheur à la pratique du Qi Gong qu’à celle du taichi chuan, discipline qui challenge l’équilibre, la mobilité et la coordination.
L’évolution vers les styles Yang et Chen
C’est sous l’influence d’un disciple qui créa son propre courant, connu aujourd’hui sous le nom de style Yang, que la boxe des Chen évolua vers le taichi chuan, style Chen, que nous connaissons aujourd’hui.
Une histoire revisitée au fil des dynasties
Mais en voyageant à travers les dynasties, les périodes de répression, les publications de divers maîtres, la propagation du taichi à l’étranger, cette histoire fut largement revisitée, enjolivée pour que chacun en tire le plus de prestige et de succès, si bien que dans un même style de taichi, parfois au sein d’un même clan, il peut exister de grandes disparités dans la transmission d’un patrimoine historique et d’un contenu pédagogique.
Le taichi chuan : un art martial, pas un sport de combat
Toutefois, on peut s’accorder sur certains points à propos du taichi chuan : il s’agit aujourd’hui d’un art martial mais pas d’un sport de combat, au sens où peu d’enseignants et d’élèves taichi dans le monde vont s’entraîner sérieusement pour affronter la dure réalité du combat.
Une technique basée sur la finesse corporelle
La technique particulière du taichi est tout à fait originale puisqu’elle s’appuie sur l’optimisation des capacités fines du corps humain afin de déployer un maximum de puissance en utilisant un minimum de force musculaire. C’est là où elle rejoint la notion d’amélioration de la santé puisqu’un accent est mis sur l’alignement postural et l’équilibre, le relâchement musculaire, la sensibilité des fascias, l’unité du corps dans le mouvement et l’écoute de ses mécanismes internes. La lenteur relative des mouvements du taichi n’est pas une fin en soi mais un moyen pédagogique.
Une pratique accessible mais souvent mal étiquetée
Oui, le taichi se pratique lentement, oui cela permet à chacun de découvrir la discipline à son rythme et selon ses capacités, et jusqu’à un âge avancé. Mais comme d’autres disciplines prisées par les personnes âgées, le vélo, la marche, la natation, qu’ils pratiquent de manière adaptée à leur âge, sans que l’on en fasse une description de disciplines à l’usage unique des personnes âgées. Vous l’aurez compris, associer le taichi à une gymnastique du troisième âge serait une erreur grossière. En tout cas, une image très réductrice de la discipline qui mérite, pour être maîtrisée, d’être découverte dès le plus jeune âge, comme n’importe quel autre sport.
Le taichi et la notion d’énergie interne
Le taichi, décrit comme un art martial « interne » agrège également des notions de développement de l’énergie interne, associée au souffle. Avec tout le côté mystificateur que cela peut embarquer, de recherche de super pouvoirs, très tendance dans les modes de consommation actuels. Ainsi le public oscille entre recherche de sensations associées à une mystérieuse énergie interne et activités performatives de style crossfit ou krav maga. Avec comme point commun entre ces deux recherches en apparence antinomiques une recherche de rentabilité sycho-corporelle, l’acquisition d’un surmoi fantasmé, l’égo placé au centre de toute pratique corporelle.
Une connaissance fine du corps
Or, le taichi enseigne une connaissance fine du corps et de ses habiletés et c’est à travers l’acquisition de techniques et d’une pratique assidue que viennent la connaissance de soi et de capacités qui vont au-delà du travail du muscle. Le corps est décrit comme un soufflet qui active le souffle. Définir ou fantasmer l’énergie, pour moi, revient à faire l’apologie du vent ou de l’air, il est partout, on peut bien sûr le déifier mais aussi tout simplement l’utiliser pour la navigation, humblement. En plus, l’énergie est très peu photogénique sur tik tok ou instagram.
Une discipline riche et personnelle
Le taichi est une discipline riche et complexe. A l’image de toute recherche personnelle, et de toute pratique sportive, chaque pratiquant est légitime d’y apporter un peu de sa définition personnelle, pour peu qu’elle ne dénature pas complètement l’objet de l’étude.

