L’art de l’esquive, du surf aux arts martiaux
Je vais, une nouvelle fois, faire un parallèle entre le surf et les arts martiaux tels que l’aïkido ou le tai chi chuan. Car on retrouve une même approche des objectifs, qui n’est pas frontale mais emprunte des chemins détournés, ce que l’on pourrait définir comme un art de l’esquive.
L’esquive n’est pas un mouvement de fuite. Il s’agit plutôt d’une manœuvre intelligente pour atteindre un objectif, défensif dans les arts martiaux, offensif en surf puisqu’il s’agit de passer la barre.
Là où le spontané va foncer tout droit bille en tête, le surfeur un peu aguerri va emprunter un chemin détourné pour atteindre le même point, mais plus rapidement sinon avec beaucoup moins d’efforts et en minimisant ainsi les risques d’impact avec les autres usagers du spot de surf.
Se rendre au line-up
Le line-up est l’endroit où les surfeurs se placent, derrière les vagues, assis sur leurs planches. Lorsqu’ils ont identifié, depuis le bord, un spot de surf, une zone sur laquelle de bonnes vagues se forment, 90 % des surfeurs, parfois même expérimentés, entrent à l’eau face au pic.
Avec plusieurs conséquences, spécialement dans les Landes où la topographie du littoral crée un courant dominant nord-sud : en trente secondes, ils ont dérivé au sud du pic et doivent remonter face aux vagues mais également contre le courant. De fait, ils se retrouvent pile dans la trajectoire des surfeurs placés au pic, qui sont alors contraints de les éviter, ce qui les gêne et multiplie les risques de collisions.
Contourner la zone de surf par la baïne de droite permet d’esquiver les vagues et les surfeurs et de se laisser porter au pic sans effort, poussé par le courant. Ce qui ne doit pas être un moyen de « faire l’intérieur » et de piquer la priorité des surfeurs déjà en attente au line-up.
L’avantage de cette stratégie, le surfeur esquive tous les obstacles et se rend au large extrêmement facilement, sans gêner ses camarades.
Il est étonnant d’observer que certains enseignants de surf, pour entrer à l’eau, font passer leurs élèves surfeurs au milieu d’autres surfeurs, qu’ils soient en cours ou en pratique libre. Avec huit élèves devant soi, il est difficile alors de prendre une vague sans risquer l’accident. Drôle de manière d’enseigner les règles et usages du surf.
La tentation de la ligne droite
Une fois passée la vague du bord, la plupart des surfeurs rament directement vers le pic, en transversale, au plus court, au lieu de continuer tout droit vers le large puis de se laisser déporter vers le pic. Or, si le courant est fort, ce dernier les déporte face aux vagues avant qu’ils aient pu les contourner et ils se font refouler vers la plage.
Du carré au cercle
S’il est recommandé de faire un pas de côté tout en avançant, que ce soit vers son adversaire martial ou vers le pic, surfer la vague en maintenant une trajectoire rectiligne a également ses limites.
Toutefois, être capable de modifier sa trajectoire, pour éviter les obstacles mais également pour s’adapter aux variations de la vague afin de la surfer jusqu’au bord, requiert un certain bagage technique, de même qu’une capacité à englober du regard tout le panorama au-delà du nez de sa planche.
Le surfeur, pour utiliser la vitesse générée par la gravité, adopte une trajectoire sinusoïdale afin de monter en haut de vague pour accélérer dans la descente, alternant ainsi des up and down jusqu’au bord. Il dessine également des huit sur la vague afin de revenir en arrière puiser au creux de la vague lorsqu’il eut perdu la vague avec une trajectoire trop rectiligne.
Moralité, en surf, la ligne droite est rarement le plus court chemin et encore moins le chemin éclairé. Malheureusement, ce principe est souvent annulé par le complexe du labrador, que nous avons traité dans un précédent article : dès lors que la rétine accroche une vague, le surfeur abandonne toute forme de jugement pour courir vers son objectif tel une torpille.
Or, il est, je pense, satisfaisant, dans la vie comme en surf, de ne pas suivre le troupeau mais de savoir reconnaître les chemins de traverse. Il suffit généralement d’un petit pas de côté.


