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L’obsolescence des planches en mousse

5 Nov. 2026 | Nicht kategorisiert, Sich ausrüsten | 0 Kommentare

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Planches de surf, la logique du gaspillage ?

Cet article est un plaidoyer pour la durabilité et la qualité du matériel technique surf mais force est de constater que le système juridique et comptable des entreprises en France pousse à la surconsommation et au gaspillage. Et que dès lors, au lieu de consommer de manière raisonnée, les écoles de surf ont tendance à acheter, balancer, racheter, si bien que cela pousse la filière de distribution et de production vers le bas.

La révolution des planches en mousse

Je m’explique. J’enseigne depuis 2002, j’ai donc vu l’émergence des premières planches en mousse et m’en suis félicité car elles ont rendu l’apprentissage du surf incomparablement plus plus sûr. Je me suis mis à mon compte en 2014 alors que des progrès commençaient à être faits dans la fabrication de ces planches de surf. En effet, les dix années précédentes avaient servi de laboratoire d’expérimentation sur ces nouveaux matériaux issus de la pétrochimie et l’offre commençait à se diversifier. Au lieu d’avoir seulement des planches taillées à la hâche, au shape approximatif, le marché commençait à offrir des planches amusantes à surfer, même pour un surfeur expérimenté.

Des erreurs qui coûtent cher

Il faut savoir que toutes ces découvertes et expérimentations se sont souvent faites au détriment des écoles de surf, avec des planches dont la durée de vie n’excédait initialement pas une à deux saisons. La survie de ces distributeurs de planches, qui une année sur trois comportaient des défauts de fabrication, tient à deux facteurs :

1. la coolitude du surf qui fait qu’entre le commercial et l’acheteur s’établit une relation amicale qui court-circuite les réflexes habituels : l’acheteur fait confiance, accepte des compromis ou la promesse que tout le stock de planches ne présente pas le même défaut. Hélas, au fil du temps, toutes les planches révèlent souvent le même défaut et sont bonnes à jeter. La période de garantie est dépassée, l’acheteur s’est fait posséder, le distributeur a amoindri sa perte marchande car il a réussi à écouler des planches à la qualité plus que douteuse.
2. les entreprises qui sont « au réel » ont un système juridique qui va les avantager au niveau de leurs cotisations sociales et de leur fiscalité si elles procèdent à des achats et investissements chaque année : ainsi, spécialement les grosses structures, achètent, jettent ou revendent en fin de saison des planches à la durée de vie limitée (s’ils ont acheté majoritairement du bas de gamme), presque tout leur stock en réalité, pour racheter partie ou totalité de leur parc de planches l’année suivante.

Une source de pollution et de gaspillage

L’effet pervers de ce système, c’est qu’il ne sert alors à rien d’acheter des planches qualitatives et durables dans la mesure où le stock va être refait à neuf et qu’il importe alors peu que les planches tirent la gueule en fin de saison.

Pas très environnement-friendly comme système, lorsque l’on sait que certains fabricants se sont démarqués sur le marché en proposant des planches plus résistantes, plus performantes et qui durent beaucoup plus longtemps dans le temps. Il est donc tout à fait possible de fabriquer et de trouver des planches à longue durée de vie sur le marché.

Néanmoins, je comprends ces entreprises prestataires de cours de surf. Étranglées par la fiscalité, condamnées à se développer de manière exponentielle, elles sont poussées à investir constamment afin que le comptable puisse utiliser ces achats afin de deserrer le garot fiscal. Chaque système a ses contraintes et celui d’auto-entrepreneur en a également. Toutefois, ce qui est appréciable avec ce statut, c’est qu’il laisse un peu plus libre de ses choix éthiques et philosophiques. Un autoentrepreneur ne peut pas défrayer ses achats, il dispose donc de son libre arbitre quant à la nature et au montant de ses achats.

Pour ma part, j’achète majoritairement des planches bi-matière, couche de résine recouverte de mousse, qui sont à la fois résistantes et sûres mais présentent également des particularités techniques conformes à ce que l’on attend d’une planche performante. Ce qui n’empêche pas que, certaine année, ces dernières présentent également un défaut qui va les rendre irréparables et bonnes à jeter. Et je dois dire que je me fais encore avoir par les distributeurs, qui me promettent que tout le stock ne va pas présenter le même problème, et que j’ai la naïveté de croire.
Il faut comprendre leur vision du marché : comme la plupart de leurs gros clients écoles de surf leur renouvèlent les planches tous les ans, qu’elles soient abîmées ou pas, peu importe alors qu’elles aient des défauts. Tant pis pour ceux comme moi, qui prennent soin de leur matériel pour le faire durer, il n’y a d’ailleurs pas de période de garantie officielle, si bien que les défauts d’usine retombent toujours sur les épaules des acheteurs.

L’histoire d’une industrie fantasque

Il y a les planches qui font des bulles, celles qui délaminent complètement, celles qui se cassent systématiquement en deux, celles qui prennent l’eau par les plugs, celles dont le rocker a été monté à l’envers dans la presse usine, celles dont des parties s’arrachent ou se décollent, celles dont le revêtement provoque des abrasions, celles qui sont si molles qu’elles présentent rapidement de sévères entailles, celles qui ont un parechoc, etc… et il en va de même des accessoires, leachs qui se fissurent et cassent, bouts qui s’usent à une vitesse folle, combinaisons dont on a réduit la qualité des matériaux au point que les zip ne tiennent pas, etc etc.

On pourrait écrire une épopée de l’industrie du matériel de surf rien qu’avec les planches en mousse.

Ainsi donc, il y a d’un côté des distributeurs qui sont restés fidèles à l’usage « planches jetables » et n’ont pas changé grand chose par rapport à ce qui se faisait il y a 15 ans, et de l’autre, il y a leurs concurrents qui se sont positionnés sur une offre plus qualitative, mais qui se sentent tout de même obligés d’avoir dans leur catalogue une collection bas de gamme afin de satisfaire à la demande des gros acheteurs. C’est là toute l’ironie de la chose, s’ils ne produisent pas des planches bas de gamme, ils passent à côté d’énormes parts de marché. Parfois même, ils sont contraints d’accéder aux demandes farfelues de leurs plus gros clients. Best off :

– Des dérives plus petites pour pouvoir ranger plus de planches dans les espaces de stockage.

– Des nez de planche à l’angle accentué vers le haut et qui finissent presque par ressembler à des babouches flottantes. Pourquoi faire ? Puisque l’on sait qu’un rocker trop prononcé va réduire la vitesse de la planche à la rame et accentuer les défauts de positionnement sur la planche ? La réponse est simple : parce que pour effectuer son quatrième voire cinquième cours à marée haute dans les vagues de bord, les profs n’ont d’autre alternative que de pousser les élèves dans des vagues de shore break et que les gérants espèrent ainsi qu’ils vont moins piquer du nez en bas de vague et casser moins de planches durant la saison.

Deux visions du surf irréconciliables

On comprendra alors que ce sont véritablement deux visions qui s’affrontent.

– L’enseignement tout d’abord. Pour certaines écoles, un acte généreux et honnête de transmission d’un côté. Pour d’autres, une vision condescendante du vacancier, qui est de passage et ne mérite pas le meilleur de ce qu’on peut lui offrir, on fait alors dans la quantité plutôt que la qualité. Il en va du matériel comme de la pédagogie. Généralement, on se contente de le pousser, sans lui transmettre les moyens d’une autonomie même relative.

– La manière de concevoir l’impact de sa consommation sur l’environnement également : puisque le marché propose des planches durables et de qualité, qu’il ne sera pas nécessaire de renouveler tous les deux ou trois ans systématiquement, pourquoi s’en priver ? Parce qu’elles sont plus chères ? Oui mais dans la mesure où elles durent plus longtemps et satisfont mieux aux exigences de la glisse et du plaisir des élèves, cet argument ne semble pas pertinent.

Les softboards et le grand public

Certaines enseignes font un hold-up sur ce marché-là en proposant des planches très bon marché car ultra légères et fragiles. Perpétuant la vision condescendante du vacancier qui va se servir une semaine par an de sa planche et qui, s’il finit par la casser, aura de toute façon excédé sa période de garantie. Merci D. de tirer le marché vers le bas : pour survivre, les concurrents sont obligés de proposer des planches également bas de gamme.

En effet, les écoles ne sont plus les seules à acheter des planches en mousse, le public, ayant pris ou non des cours de surf, les achète désormais dans les grandes ou petites enseignes.

Et la même condescendance s’applique alors à la vente directe : des défauts sont connus et les planches continuent d’être distribuées telles quelles durant des années, alors qu’il est certain qu’avec les contraintes accrues du réchauffement climatique, elles vont finir rapidement à la poubelle.

Quelques conseils de SAV

Au fil du temps, la planche peut prendre des coups, c’est la dérive d’un autre surfeur qui va trancher le revêtement plus ou moins mou, occasionnant alors une perte d’imperméabilité. Comme toutes les planches, elle va alors prendre du poids et imposer une renouvellement de planche. De même, une planche va pouvoir casser si elle est utilisée de manière impropre, par exemple dans une vague de bord. Dans ces cas de figure, il va être malaisé de faire valoir une quelconque garantie.

Par contre, une planche peut certes faire des bulles si elle est exposée trop longtemps au plein soleil mais elle ne doit pas avoir tout le dessous qui se décolle, il faut bien distinguer l’usure normale, du défaut de fabrication.
De la même manière que si elle plie à la moindre chute du pratiquant, c’est qu’elle présente une fragilité telle qu’elle est impropre à l’activité surf, activité qui par essence, expose naturellement le matériel à la contrainte des vagues et du soleil.

Donc, la prochaine fois qu’une planche de votre stock présente un défaut grave, ne faites pas comme moi, demandez à faire remplacer tout votre lot. Parce que si le vendeur vous change deux ou trois planches lorsqu’elles présentent le défaut identifié, vous allez être perdant à la fin : quand les autres planches manifesteront le problème (pour peu que vous les utilisiez rarement), votre vendeur vous dira que la garantie est dépassée. C’est alors vous qui allez payer l’erreur de fabrication et in fine, le distributeur ne va même pas corriger le défaut de fabrication et la planche poubelle aura continué d’exister sur les présentoirs des surf shops de nombreuses années.

Le tournant raté de la durabilité et du local

Vivre l’industrie du surf de l’intérieur, c’est aussi cela, assister à une irrémédiable course en avant. Une course à l’armement version surf, avec toujours plus de planches made in China, plus de shapers des jardins, plus d’écoles de surf, avec pour seule éthique celle du business à tout prix. Et les entreprises novatrices qui voudraient se démarquer n’y arrivent que partiellement puisqu’elles sont obligées de s’aligner vers le bas pour pouvoir survivre. Le commercial d’une de ces marques était tout content de m’annoncer qu’ils avaient à présent des planches moins qualitatives dans leur catalogue, ainsi que l’option babouches ! D’ailleurs, pourquoi produire des planches qui dureraient éternellement, alors que les écoles de surf rachètent sans sourciller l’ensemble de leur stock chaque année ?

Il y a pourtant un tournant de l’autonomie qu’une ou deux marques de surf ont essayé de prendre, celui de construire une usine de production de planches en mousse en France. Toutefois, il eut fallu qu’une partie de la filière soit solidaire du projet pour qu’il soit financièrement viable. Et comme c’est la demande qui conditionne l’offre, comprendre que bon nombre d’écoles se fichent de l’origine et de la qualité des planches, celles-ci continuent de se fabriquer en Chine.

Il convient maintenant de nuancer ces propos : toutes les écoles de surf, quelle que soit leur taille, n’achètent pas 100% de planches bas de gammes, souvent elles proposent à leurs élèves, selon leur niveau, différentes qualités ou marques de planches, de la basique à la performante. Chaque école de surf a sa conception de l’enseignement, la topographie des spots de surf influe également sur les choix quant à la qualité du matériel, avant même que des contraintes d’ordre financier et comptable ne viennent influer sur les modes de consommation.

Quant aux distributeurs de planches de surf, il sont, à l’égal des écoles de surf en Aquitaine, soumis à une concurrence délirante, à des crises internationales qui menacent leur survie même (crise du Canal de Suez, explosion du prix du fret, multiples guerres qui bloquent les routes commerciales). Une planche en mousse est un assemblage d’éléments composites de nature différente, bois, résine, mousses diverses, plastiques, qui sont soit collés, soit pressés à chaud. Chaque innovation comporte des risques de défauts, fort couteux, qui menacent également la survie de l’entreprise. Les planches sont également fabriquées fort loin, en Chine, et il n’est pas toujours possible de surveiller chaque étape de la production.
Comparativement, les planches classiques en résine polyester ou époxy bénéficient d’une plus longue historicité et sont par conséquent moins sujettes, je pense, aux aléas de défauts de fabrication.

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