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Les surfeurs sont-ils écolos ?

26 Oct 2023 | Surfers brain | 0 commentaires

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Gloubi-boulga versus réalité

Il y a quelques années, un magasine dédié à l’écologie me contacta par téléphone, en ma qualité de président de Eco-Safe Surfing, un regroupement d’écoles de surf à sensibilité écoresponsable.

La question était : « Pensez-vous, au sortir de la crise du Covid, que les surfeurs soient plus sensibles qu’avant à la protection environnementale » ?

Je me doutais que ma réponse n’allait pas être dans la ligne éditoriale souhaitée par la journaliste. Je préfère la franchise plutôt que le marketing à tout prix. Je lui répondis donc ceci :

Entre discours écologiques et effets pervers

Il a été question des gravelots, une espèce de petit échassier, qui s’était remise à nidifier sur les plages. L’interdiction de se balader sur le sable pendant le Covid, bien sûr totalement ridicule, avait au moins produit cet effet bénéfique. Or, la population de chiens domestiques avait également augmenté. Du fait de la permission pendant le Covid de sortir promener son chien, de nombreuses personnes avaient acheté un ami à quatre pattes. Aussi, lorsque la nature fut de nouveau ouverte au public, malgré l’injonction de ne pas déranger les gravelots en pied de dune, ce fut un raz de marée canin sur les plages.

Ensuite, la question de l’électrique. Une autre mode, introduite dans la dernière décennie, a déferlé sur Hossegor, celle des vélos électriques à gros pneus, dits fat bikes. Les vacanciers venus d’autres régions s’étonnent de voir sur les routes, pistes cyclables et plages évoluer tant de ces engins électriques, au style californien : de 8 à 77 ans, une frénésie de fat bikes s’est abattue sur le cerveau des habitants d’une poignée de petites villes côtières.

Rien à voir avec de la conscience écolo : l’idée de départ était de rouler sur la plage, en échappant ainsi à l’interdiction d’utiliser des engins à moteur sur la zone côtière. Absurde, puisque, électrique ou pas, on utilise là un véhicule équipé d’un moteur qui permet de s’enfoncer plus loin dans les espaces naturels, augmentant ainsi les nuisances causées aux écosystèmes. Là où une poignée de marcheurs s’aventurait, la plage ressemble parfois à un garage à vélos.

Le Covid a vu l’émergence de nombreuses associations de collecte de déchets, sans néanmoins que personne ne réagisse à un autre désastre écologique, celui provoqué par le nettoyage mécanique de la plage par des engins appelés cribleuses, qui ramassent 90 % de sable et matières organiques et qui, sous couvert d’enlever les plastiques, accélèrent l’érosion et la dégradation de l’écosystème littoral. Dans de rares communes, ce constat a été suivi d’action et c’est à présent une collecte manuelle qui est privilégiée, permettant ainsi de recréer un milieu vivant qui se repeuple de ses espèces marines et résiste mieux aux phénomènes de recul côtier.

A Hossegor, pour organiser une compétition de motocyclettes, ils labourent chaque année 2 km de plage !

Je pense qu’à ce stade, la journaliste avait arrêté l’interview et n’en garda pas grand chose dans son article. Les apparences vendent mieux que la complexe réalité.

Touche pas à ma plage

Des projets publics viennent régulièrement menacer le bien-être des populations landaises et ce sont moins des surfeurs qui réagissent que les habitants d’un écosystème. Souvent, l’initiative vient d’associations de protection environnementale qui fédèrent, telles que la Sepanso ou Les Amis de la Terre, combats épuisants à la David et Goliath : contre le dragage du lac d’Hossegor, contre l’implantation d’un nième supermarché dans une zone naturelle à Capbreton et plus récemment contre l’enfouissement d’une ligne très haute tension reliant l’Espagne à la France, passant par les fonds marins et les terres, occasionnant la destruction de dunes et de forêts.

Avec des résultats mitigés car on oppose toujours à l’idéalisme des écolos le réalisme du sacro-saint développement économique. Le fameux développement durable, ou la stratégie du guerrier pacifique, permet de convoquer sous une même appellation tout et son contraire, vidant le langage de son sens pour en faire un outil marketing. Ainsi, dans les forêts landaises, les panneaux « Réserve de chasse » ont été remplacés par « Culture de gibier », renforçant l’idée d’une nature entièrement artificialisée.

Quant au surfeur, il réagit souvent avec un temps de retard, lorsqu’un aménagement côtier impacte son terrain de jeu, créant courants et phénomènes d’érosion qui dégradent les spots de surf et rendent la baignade dangereuse.

Le pouvoir du consommateur

Il n’existe pas un type de surfeur mais, à l’image de la société dans laquelle il évolue, le surfeur européen est un consommateur. Il suffit de s’asseoir quinze minutes à l’entrée d’une plage pour assister à un défilé de mode. La moitié des surfeurs passe avec sous le bras la planche dernier cri, alliant performance et innovation technologique, coûtant parfois deux fois le prix d’une planche conventionnelle. Entre vintage, tendances et postures, on n’est clairement pas dans la sobriété.

Néanmoins, le marché du matériel de surf commence à proposer des alternatives moins polluantes. Les composés chimiques sont partiellement remplacés par des matériaux recyclés ou naturels, indiquant l’existence d’un public désireux de consommer responsable. L’initiative vient souvent de petites entreprises novatrices, tandis que les grandes marques, bien qu’à la traîne, sont contraintes de suivre.

Les écoles de surf du réseau Eco-Safe Surfing se tiennent informées de ces avancées afin de proposer à leurs stagiaires le matériel le plus écoresponsable possible. La charte de qualité tente d’infuser dans le secteur la notion de business raisonné.

Néanmoins, la multiplication des créations d’écoles de surf sur certaines zones littorales déjà largement pourvues laisse entendre que la logique individualiste du business prime encore sur le respect de l’environnement comme ressource limitée.

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