Un job, un hobby, un passe-temps, un métier, une passion ?
Entre ceux qui déclarent que moniteur de surf c’est cool, les mairies qui tapent dans le portefeuille des écoles de surf en échange du droit de travailler sur la plage, et les élèves qui vous demandent pourquoi vous ne surfez pas pendant le cours de surf, je pense que le temps est venu d’expliquer le métier d’entraîneur de surf et la gestion de l’activité.
Tout d’abord, il est une règle tacite dans le métier qui veut que 99 % des gérants d’écoles de surf soient également moniteurs de surf et donc experts dans leur domaine avant de n’être des businessmen.
L’esprit du surf, pour moi, ce sont des passionnés d’abord, des entrepreneurs dans un second temps, et pas l’inverse. Ce qui explique que, pour l’instant, le vendeur de pizzas ne propose pas des cours de surf mais reste dans son domaine de compétence, la restauration.
Papa, plus tard, je serai prof de surf !
Il est vrai qu’il y a des côtés fun, contrebalancés par d’autres moins agréables, comme dans tout métier.
À l’instar des autres activités saisonnières, les moniteurs de surf peuvent profiter de la période hivernale pour s’adonner à d’autres activités, professionnelles ou de loisir.
En revanche, le pic de la saison dure trois semaines pendant lesquelles ils doivent travailler comme cinq. La marée ne leur permet d’enseigner qu’une partie de la journée, les effectifs sont limités à 8 élèves et les jours annulés pour cause d’intempéries rendent difficile leur capacité à gagner de l’argent.
Autre point positif : travailler en plein air plutôt que derrière un bureau. Toutefois, rester 5 à 7 heures d’affilée en plein soleil par 30 à 40°, être frigorifié par le vent du nord, marcher dans le sable avec le courant qui vous tire constamment sur le côté, maintenir un niveau de vigilance constant pour surveiller ses élèves et les autres surfeurs, tout cela engendre fatigue et usure.
Certains vieux surfeurs ont la peau abîmée comme s’ils avaient passé leur vie à naviguer au long cours. D’autres ont les genoux qui se font la malle, des problèmes de dos ou encore des lésions oculaires liées à l’exposition au soleil rasant. J’ai même connu un moniteur de surf qui avait la cornée irritée parce qu’un bébé huître s’y était installé.
Enseigner le surf n’est pas surfer
Le métier permet d’être au plus près des vagues, oui et non.
Enseigner le surf et surfer sont deux actions totalement différentes. Les débutants glissent dans les mousses du bord et un prof de surf sérieux ne les abandonne pas pour aller prendre des vagues au large, sauf pour un rapide aller-retour afin d’aider un élève ou faire une démonstration.
On comprend alors qu’enseigner le surf expose à la frustration de ne pouvoir surfer les belles vagues qui déroulent au loin.
Toutefois, lorsque les élèves sont capables d’aller prendre les vagues du fond, le moniteur les accompagne et peut attraper une ou deux vagues pour retourner au bord, ce qui est déjà mieux que rien.
La journée classique d’un prof de surf à son compte
Je vais décrire une journée au plus fort de la saison, au mois d’août.
- 7h–8h30 : chargement du matériel (planches, combinaisons, lycras) dans le minibus.
- 15 minutes : trajet maison-plage.
- 08h45–16h : journée à la plage pour la mise en place de trois cours de surf : chargement et déchargement du camion, équipement des groupes, gestion des retardataires, passages répétés de la dune, cours de surf, sauvetage éventuel d’un baigneur, communication du planning du lendemain et retour à la maison. Pause repas de 20 minutes.
- 15 minutes : retour plage-maison.
- 16h15–17h30 : rinçage du matériel et préparation du lendemain.
- 17h30–18h30 : prises de réservations et ajustements de planning.
- 18h30–19h30 : annulations de dernière minute, rappels des élèves, tentatives de remplir les créneaux libérés.
- 21h–22h : comptabilité et communication sur les réseaux.
Total : 14 heures de travail presque non-stop.
Un métier de passionnés
En creusant la question, on réalise qu’enseigner le surf ne consiste pas à se dorer la pilule les pieds dans le sable en sirotant une pina colada. En tout cas, pas en France où l’activité est très encadrée par l’État.
L’océan change d’heure en heure, de jour en jour, tout comme les profils des élèves. Le défi pour l’enseignant est d’exploiter le potentiel pédagogique des conditions océaniques afin de permettre à chacun de progresser.
Pour peu que l’on soit passionné, aucune séance ne sera identique à la précédente, grâce à la variété des paramètres humains et environnementaux.
Sauf bien sûr à se contenter de faire de la poussette, en envoyant les élèves comme des pizzas sans trop réfléchir. Voir l’article consacré à ce sujet.
C’était un petit panorama du métier d’instructeur de surf, tant il est vrai que les clichés ont la vie dure dès que l’on parle de surf.


