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Détox 17/06/2022

Le mythe de la shortboard

Surf et idées reçues : la shortboard à tout prix

 

Les coachs de surf, les shappers, surfshops et tous les professionnels du secteur observent quotidiennement cet engouement du consommateur pour la planche la plus courte possible.

 

Le surfeur débutant, alors qu'il commence à peine à flotter, rêve déjà d'une planche courte et pointue. Ses arguments, nés de l'observation de surfeurs plus aguerris, sont les suivants :

 

    "Une planche plus courte me permettra de faire des canards pour atteindre le large plus facilement"


FAUX : le canard est certes impossible avec une planche aux dimensions généreuses mais une planche qui coule facilement lorsque le surfeur exécute le canard est aussi une planche qui coule lorsqu'il est simplement allongé dessus. Si ce dernier n'a pas la puissance de rame nécessaire pour la faire flotter, la planche avancera au ralenti, ramer jusqu'au fond sera non seulement exténuant mais aussi extrêmement plus long qu'avec une planche volumineuse.

 

     "Une planche pointue et courte me permettra d'exécuter plus facilement mes virages".


Là encore, ce qui peut être vrai pour un excellent surfeur, et encore, ne l'est pas pour un surfeur moyen. La planche est courte, le nez en pointe lui enlève encore du volume, le surfeur va peiner pour démarrer sur la vague. Il va s'épuiser et manquer de vitesse au take-off, ce qui occasionnera des chutes ou un retard par rapport au déferlement de la vague.

 

Un surf efficace est un surf tout en courbes amples et minimalistes, s'exciter en mille mouvements nerveux crée plus de mouvements parasites qu'une réelle efficacité en terme de gain de vitesse ou de changements de trajectoires.

 

Une planche courte peut être une planche qui flotte bien, adaptée au débutant, si le poids perdu en longueur est rattrapé en largeur, en arrondi du nez, etc. Et si elle est adaptée au gabarit, à la fréquence d'utilisation, à la puissance physique et technique du pratiquant.

 

Un nez et un arrière de la planche effilés ont pour vocation d'empêcher la planche de déraper dans des vagues particulièrement creuses et puissantes. Or dans ce type de vagues un peu assassines, il vaut mieux une entrée précoce et optimale avec une planche arrondie, qu'une entrée tardive avec une planche pointue et qui va se solder par un late take off, emporté par la lèvre de la vague.

 

    "Une planche courte avec beaucoup de rocker et un nez pointu m'évitera de planter le nez en bas de vague".


On dit d'une planche qu'elle a beaucoup de rocker lorsqu'elle est très bananée. La vocation du rocker étant certes d'épouser le creux de la vague afin de ne pas enfourner.

 

Toutefois, cette forme de planche a un inconvénient important, c'est qu'elle pousse de l'eau et fait perdre beaucoup de vitesse de glisse, à la fois à la rame mais aussi dans le surf. Effectivement, plus le dessous de la planche est plat, plus le gain de vitesse sera important. Dans ce cas-là, il convient de bien réfléchir à l'utilité du rocker par rapport à sa puissance de rame et au type de vagues que l'on s'apprête à surfer.

 

Un peu de lift avant permet de conserver une planche plate et rapide tout en évitant les enfournements. Là encore, une entrée de vague précoce grâce à une planche qui flotte vaut mieux qu'un redressement tardif en mode ascenseur, avec chute dans le vide à la clef.

 

    "Les surfeurs pro utilisent des planches pointues, fines et étroites".


Certes, leur puissance de rame est telle qu'ils entrent dans la vague à mach 12 et conservent ensuite cette vitesse en planant dans la vague par des appuis puissants et optimums.

Par ailleurs, nous sommes sortis de la boarding mania des années 90 (18 1/2 de largeur) et les pro eux-mêmes ont revu les côtes de leurs planches à la hausse, notamment la largeur.

En outre, ce qui apporte au pro surfer un gain de maniabilité réel, c'est la légèreté de ses planches : en effet, on parle de planches jetables car le glaçage est si léger qu'elles cassent facilement. Il faut être sponsorisé pour se permettre de changer de planche toutes les 2 semaines.

 

On voit par ailleurs des surfeurs mettre des rollers à midi avec des longboards : la vitesse est la clef d'un surf radical, or une planche confortable mènera plus vite le surfeur sur cette voie-là tandis qu'une planche trop courte aura tendance à freiner sa progression, parfois de manière radicale.

 

C'est pourquoi, le bon shapper fabrique non pas des planches pour l'égo, mais des planches qui fonctionnent parce qu'elles sont adaptées au niveau du surfeur et aux vagues qu'il se destine à surfer.

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