Surf coaching 19/06/2022

Psychanalyse du surf

Quand les brisants se transforment en vagues qui soignent et apaisent les esprits !

 

La pratique de l'enseignement du surf depuis plus de 20 ans m'amène à observer l'individu dans l'élément aquatique, de moins en moins comme une somme d'habiletés psychomotrices, mais plutôt comme un être sensible, avec ses forces et ses faiblesses, dont le comportement au contact de l'océan va être conditionné par les expériences intimes qu'il aura vécu au cours de son existence. Cela dépasse l'individu pour englober le groupe, puisque la culture dans laquelle l'individu a vu le jour déterminera également son approche de l'élément océanique.

 

L'océan, révélateur de traumas

 

L'élément liquide peut être perçu comme menaçant à travers la vue des vagues, l'évocation de profondeurs inquiétantes où perdre pied, ou encore par l'immersion du visage dans l'eau. Les nombreuses créatures fantastiques dont les hommes ont peuplé les mers à travers l'histoire témoignent de ce rapport inquiet vis à vis des profondeurs océaniques et de l’existence d'un inconscient collectif. 

La méfiance de certains hommes vis-à-vis de l'océan trouve souvent son origine dans un traumatisme intime ou familial : l'enfant s'est fait rouler dans une grosse vague alors qu'il découvrait l'océan, Untel a cru se noyer dans une piscine et tel autre a reçu en héritage la peur de ses parents, transmise à travers l'expression constante d'un stress tétanisant face à l'océan. 

Dès lors, il peut sembler étonnant qu'un individu réfractaire à la baignade ou à l'océan s'inscrive à des cours de surf. De là, on observe plusieurs motivations et types de comportements :

 

L'envie d'exorciser ses peurs

 

Un éducateur attentif va permettre à son élève de contrôler puis de dépasser son appréhension, parce qu'il va le mettre dans des conditions de pratique sécurisantes : l'élève sera amené à dépasser ses limites graduellement, à son rythme. 

S'il est à l'aise dans 10 cm d'eau, le moniteur ne l'incitera pas à aller plus loin, cela se fera naturellement à mesure que l'expérience océanique remplacera le stress par un sentiment de plaisir. 

Les mousses seront son premier terrain de jeu, laissant les vagues casser au large. Ainsi, les pieds dans le sable et ramené constamment vers le bord, le surfer en herbe apprendra à se détacher de sa peur pour observer un élément naturel qui, en devenant compréhensible, perdra son caractère mystérieux et menaçant. 

 Avec cette approche bienveillante et progressive, adaptée au rythme de chacun, on observe des résultats étonnants : les élèves transforment leurs limites irrationnelles en limites objectives, en apprenant à surfer dans les conditions qui conviennent à leur niveau physique et technique. Ainsi, l'élève devient capable de distinguer l'océan clément des jours de petite houle, de l'océan agité dont il faut se méfier. La tyrannie de la peur se dissout en une infinité de déclinaisons océaniques qui véhiculent des sensations de calme, de plénitude, de plaisir et d'évasion.

 

Le déni de soi

 

Certains élèves prennent des cours de surf pour suivre leurs amis, sans réel désir de vaincre leur appréhension, sans motivation. Le discours apaisant de l'éducateur n'est pas entendu car la peur de l'élément est brandie tel un bouclier sur lequel la raison rebondit. 

Pour communiquer, l'élève utilise exclusivement la forme négative : "je n'ai pas envie", "ça ne me fait pas plaisir", "je ne voulais pas venir" et tout le challenge va consister à le faire glisser progressivement vers le "je vais essayer", "je comprends", "je vous fais confiance".

Pour d'autres, la motivation était là mais elle s'efface devant un inconscient qui tétanise. La peur de l'élément, le manque de confiance en soi, la défiance vis-à-vis des situations inédites sont source de blocages et de comportements irrationnels.

Parfois encore, certains caractères n'admettent pas ressentir de la peur. Or pour vaincre sa peur, il faut l'accepter, pour ensuite la dépasser. Certains indices viennent alors révéler ce que l'élève n'avait pas verbalisé, le langage corporel ne ment pas : le visage est fermé, tendu, l'élève n'entend pas les conseils du moniteur, il est victime de l'effet tunnel, toute son attention est focalisée sur l'objet de sa peur, par exemple les vagues. 

Étonnamment, on observe souvent un comportement déroutant de la part de l'élève qui a reçu comme consigne de rester près du bord dans les petites mousses et qui, comme envouté, progresse vers le large à la rencontre des brisants qui sont pourtant l'objet de son stress et qui, en le secouant, ne font que renforcer sa répulsion pour les vagues. 

On peut y voir une volonté inconsciente de valider une aversion plutôt que d'essayer de la dépasser. L'effet tunnel également peut expliquer ce type de comportement d'automate, qui ne perçoit plus rien en dehors de l'objet redouté. 

Par ailleurs, certains caractères particulièrement réfractaires au pacte élève-enseignant ignorent les consignes de l'éducateur et brulent toutes les étapes de l'apprentissage en allant à la confrontation avec l'élément, au risque de se blesser. Ils ne comprennent pas l'océan, ils sont stressés, et vont pourtant se placer dans des situations qui malmènent aussi bien leur corps que leur égo. Car si les conseils bienveillants de l'éducateur ne sont pas acceptés, l'océan, lui, a toujours le dernier mot. 

Or, pour vaincre sa peur, il faut accepter ses faiblesses. Le travail sur soi ne peut commencer si l'individu appréhende l'environnement extérieur comme un objet ennemi à confronter et le passeur de la connaissance, comme un obstacle dressé au milieu du chaos. Malheureusement, l'élève qui n'a pas déposé son égo le temps de l'apprentissage, va trouver mille excuses pour abandonner la pratique : il a trop de courbatures, il s'est fait mal en marchant sur un caillou au milieu d'une plage de sable fin, la planche de surf est trop nulle, à moins que ce ne soient les vagues, etc.

Un élève manquera de confiance tandis qu'un autre fera preuve d'un excès de confiance, l'éducateur devra alors s'adapter à des attitudes contraires, entre celui qui ne tente rien par peur de l'échec et celui qui échoue en voulant brûler toutes les étapes de l'apprentissage. 

Le bon éducateur ne perçoit pas ses élèves en terme de surhommes ou de sous-doués, il ne voit que des hommes en situation d'apprentissage, dans toute la diversité du genre humain. 

 

La plénitude du surfeur

 

L'océan a des vertus innombrables, car l'océan terrifiant est en réalité l'océan qui calme, qui apaise. Les usagers de l'océan ont signé un pacte avec la nature, dans lequel ils s'abandonnent au rythme des éléments, lâchent prise, remisent au placard certaines habitudes pour vivre l'instant présent. 

L'océan est une machine à casser de l'égo, car chacun y trouve ses limites lorsque l'élément, de mer d'huile l'été devient tempête hivernale qui dévore le trait de côte.

Mais la discipline surf a ses bienfaits comme ses effets pervers : elle est un révélateur de caractère. 

L'adrénaline, la recherche d'un plaisir que l'on veut sans partage, la variabilité du milieu océanique sont un formidable carburant pour se dépasser, améliorer son endurance, sa ténacité, sa gestion du stress, ses réflexes, son efficacité dans l'instant, son adaptabilité, sa patience, son humilité, sa tolérance. 

Hélas, on trouve aussi dans ce terreau la graine de sentiments tels que la négation de l'autre, ce concurrent sur la vague, un individualisme forcené, un égo démesuré dès lors que l'on atteint un certain degré d'autonomie. Le côté obscur de la force, diront les adeptes de Star Wars ou de taoïsme ! Mais on trouve généralement ce type de dérives plutôt du côté du surfeur expérimenté.

 

Pour résumer, le surf ne prétend pas remplacer la psychanalyse mais il entend, avec le milieu naturel comme terrain de jeu, placer l'apprenti surfeur sur le chemin de la félicité. C'est dans le réenchantement de l'élément liquide et la recherche de l'hédonisme que s'inscrit la pédagogie de l'école Ki Surf School, sur les plages du sud des Landes.

 

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